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     2010

Témoignage de familles d'accueil

"JE SUIS FAMILLE D'ACCUEIL... HEUREUSE ! 


Petite, j'ai été très impressionnée par des lectures comme "Sans famille", "En famille" ou sur la vie en orphelinat… J'ai commencé à rêver de devenir la maman d'enfants qui n'en auraient plus… 

Plus tard, avec mon mari, nous avons pensé à l'adoption, mais nous avons constaté qu'il y avait plus de parents en demande d'enfants (surtout des bébés blancs en bonne santé !) que d'enfants en demande de parents… 

Par contre, il manque cruellement de familles d'accueil… Sans doute, ce statut plus précaire dans le temps, sans possession de l'enfant qui ne prend pas votre nom, effraie-t-il le cœur de parents potentiels… C'est humain mais nos enfants ne sont pas nos enfants (rappelez-vous Khalil Gibran). 

Quel bonheur que de se lier par le coeur, de créer la relation sans posséder, sans obligation, cela a encore plus de valeur que le lien du sang. Quelle richesse aussi que de rencontrer des familles d'origine, très différentes. Je n'ai jamais subi les suivis du service de placement et du service d'aide à la jeunesse comme un contrôle terrifiant ou une ingérence mais plutôt comme une pause constructive où l'on prend le temps d'un recul, d'un bilan qu'on a rarement l'occasion de faire ou de recevoir quand on exerce le métier effréné de parents ! 

C'est encourageant, c'est rassurant… Après une sélection assez rapide, basée sur des critères de cœur et d'esprit plutôt que d'espace ou d'argent, nous avons accueilli un bébé africain, et la chance de se rencontrer quelques semaines après sa naissance en raison du décès de sa Maman après l'accouchement. Je lui suis fort reconnaissante, ainsi qu 'à son papa qui nous l'a confiée site au décès de la maman. La famille d'origine de cette petite fille s'est recomposée et le contact s'est maintenu. Ensuite, ce fut l'arrivée des garçons -deux !- car il ne s'agissait pas de séparer des jumeaux de deux ans, rescapés du génocide rwandais. Rencontrer les membres restants de cette famille réfugiée aux quatre coins de la planète après cette tragédie fut tout aussi enrichissant... Je voudrais remercier aussi ma propre famille et mes amis de nous avoir accueilli en tant que famille d'accueil avec trois petits enfants. Enfin je voudrais écrire à 'mes' enfants combien je les aime, les admire, de trouver leur équilibre souriant, dans les circonstances de vie qui sont les leurs ; de nous avoir si bien accueillis comme parents de remplacements !" 

Geneviève D. 

NOTRE ENGAGEMENT COMME FAMILLE D'ACCUEIL D'URGENCE


Nous sommes famille d’accueil d’urgence depuis février 2005. En 4 ans, nous avons accueilli 14 jeunes de 11 à 16 ans : le plus souvent des filles de 14 – 15 ans, pour une durée d’une semaine à maximum 45 jours. 
Le principe est le suivant : l’ASBL « Service Famille d’Accueil d’Urgence de la province du Luxembourg (SFAU) reçoit des demandes de placement urgent émanant du « Service d’Aide à la Jeunesse » (SAJ) ou du « Service de Protection Judiciaire » (SPJ) et fait appel à « ses familles agréées ». 

Les demandes surviennent suite à l’incapacité d’une famille d’assumer un enfant. Le principe est de placer le jeune dans une famille proche de son lieu de vie habituel, de manière à ce qu’il puisse poursuivre sa scolarité et ses éventuelles activités. 

Durant le placement d’urgence, les services mandants analysent la situation afin de trouver une solution à long terme à l’issue du placement, qui pourra être le retour en famille, ou un placement à long terme, qui dans le cas des adolescents, signifie souvent un placement en institution, faute d’alternative.

Pour notre famille, l’accueil est toujours bousculant : comme son nom l’indique, il s’agit d’accueils urgents : généralement on nous sonne le matin, pour accueillir en fin de journée ; il faut s’organiser en dernière minute ! Il s’agit d’un projet de couple et de famille, dans lequel nos enfants sont partie prenante et jouent un rôle super important, dans la qualité de l’accueil qu’ils octroient au jeune et le respect qu’ils lui témoignent. Très souvent les jeunes se confient à nos enfants qui reviennent à nous ; l’amorce d’un vrai dialogue passe le plus souvent pas nos enfants.

L’accueil requiert de notre part du temps, de la compréhension, mais aussi de la vigilance et de la fermeté, car on n’a pas affaire qu’à des enfants de chœur…

En début de placement, une convention tripartite est signée par le jeune, SFAU et nous. Chacun s’engageant à respecter l’autre, et SFAU à nous aider. Les assistantes sociales de « SFAU » sont présentes, elles prennent des nouvelles tant de nous que du jeune en direct. Nous savons qu’en cas de difficulté majeure, nous pouvons demander l’interruption du placement et y avons déjà recouru. 

Les situations des jeunes sont variées, mais ils nous arrivent la plupart du temps en manque affectif. Souvent, des liens très forts se tissent et perdurent à long terme ; parfois, au contraire, se sachant de passage, les jeunes restent en retrait et ne veulent pas s’investir affectivement, pour faciliter l’inévitable séparation qui s’ensuit, ou parce que notre famille est trop différente de la leur.

Notre rôle est d’essayer de transformer un épisode pénible en un souvenir acceptable. Tout en respectant la confidentialité de l’histoire du jeune, nous essayons de lui montrer les choses positives qui le concernent, d’allumer quelques lampes qui l’aideront à reprendre son chemin dans la confiance en l’avenir. Une grande prudence s’impose, car faire miroiter l’impossible ne ferait que renforcer la détresse. 

Nous aimons profiter de l’occasion pour faire des activités que le jeune n’a pas eu et n’aura pas l’occasion de faire chez lui, tout en évitant de creuser le fossé, le but étant la plupart du temps de contribuer à nourrir les bases de la relation avec les parents d’origine…

Le départ est toujours difficile. Quelle que soit l’évolution de la situation par la suite, nous restons tout au plus une famille de parrainage qui accueille occasionnellement pour un WE ou des vacances, nous sommes également joignables par téléphone, mais l’accueil est fini, chacun reprenant son chemin. Nous restons avec nos questions, nos craintes et un grand sentiment d’impuissance : advienne que pourra, nous avons fait de notre mieux…

Ces accueils sont pour nous une bonne école de vie : d’une part en tant que preuve supplémentaire que nous avons bien de la chance, nous les parents avec nos enfants, et eux nos enfants avec leurs parents… Et d’autre part, ils sont pour nous l’occasion d’ouvrir les yeux sur d’autres réalités dont notre vie de tous les jours et nos cercles habituels de fréquentation nous auraient confortablement préservés… Nous en ressortons plus riches et plus ouverts, à la fois plus conscients de nos limites et plus désireux de les dépasser. 

Vincent et Nicole Quirynen (Marche)















NOTE : cet article a été rédigé par la famille Quirynen dans un bulletin des « Equipes Notre-Dame » appelé « Le Trait d’Union » en août 2009.

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